Entre 2023 et 2025, j’ai mené une action de formation d’envergure pour un grand groupe industriel laitier. J’ai coordonné plus de 100 sessions de formations et j’en ai animé moi-même un très grand nombre. C’est une mission assez inédite pour moi et je ne pense pas que beaucoup d’entreprises en France ait engagé autant de moyens pour former autant de managers. Je voulais donc prendre le temps de tirer les leçons apprises de cette action de formation massive.
Les recommandations
Il faut une personne qui impulse la démarche
Dans mon cas c’est l’une des divisions du groupe qui a entamé la démarche de sensibilisation de ses managers à la lutte contre le sexisme au travail. Cette division a donc d’une certaine manière essuyé les plâtres et a permis de roder le format de sensibilisation. Cela a permis également d’ajuster les exemples, les témoignages et de capitaliser sur ces premières rencontres concrètes avec le terrain. Cela m’a permis également de mieux cerner le contexte professionnel inhérent à ce secteur d’activité. J’ai pu ainsi ajuster également ma posture de formatrice à mon audience.
Il faut que l’ensemble du top management soit concerné par le déploiement
Le groupe que j’ai accompagné a fait le choix de sensibiliser l’ensemble de ses managers en commençant par le top management. L’encadrement notamment des divisions industrielles a suivi le même format que celui des managers intermédiaires. Il n’y a pas eu de « traitement de faveur » comme c’est le cas parfois. En effet, parfois il m’est demandé de prévoir une intervention plus courte pour le comité de direction, comme si leur temps était plus précieux que celui des managers intermédiaires et comme si le CODIR avait moins besoin que les autres d’être sensibilisé. La démarche de mon client ici est donc suffisamment rare pour être signalée comme un point positif.
Ce choix permet de créer une véritable communauté d’adhésion au sujet et permet que l’ensemble du top management ait entendu le même message et suivi le même format de formation et soit donc sensibilisé au même niveau.
Il faut s’entourer de personnes de confiance
Je n’aurais pas pu venir à bout d’une telle mission sans l’aide de collègues. J’ai reçu le soutien notamment d’une consœur sur le plan administratif et le portage Qualiopi. J’ai également été appuyée par 2 consœurs formatrice pour la réalisation des sessions de formation. Elles ont chacune pris en charge une bonne douzaine de sessions dans les zones géographiques éloignées de chez moi.
C’était une vraie satisfaction pour moi de partager du chiffre d’affaire avec mes consœurs. Mais ce que j’ai trouvé le plus intéressant c’est les échanges que nous avons eu ensemble sur la mission, sur nos retours d’expérience, nos difficultés et la manière dont nous les avons contournées. C’était aussi intéressant pour moi d’avoir leur feedback sur mon approche du sujet des Violences Sexuelles et Sexistes au Travail, sur la pédagogie déployée.
Mes constats
Une idée reçue : le sexisme au siège VS le sexisme dans les usines
Le siège imagine que la situation est plus problématique dans les usines et les usines imaginent que le siège n’est pas exposé sexisme.
C’est une idée reçue tenace. Le sexisme est partout et les formes de sexisme sont relativement communes : agissements sexistes et harcèlement sexuel.
Ce stéréotype bien ancré relève d’une forme de classisme (qui peut être défini comme une discrimination fondée sur l’appartenance ou la non-appartenance à une classe sociale, souvent basée sur des critères économiques) et illustre parfois la perception biaisée que l’on a de son environnement de travail et de celui des collègues.
Les différents profils de publics
Le déploiement s’est déroulé entre 2023 et 2025. J’ai globalement rencontré peu de résistance pendant les temps de sensibilisation. Il faut dire qu’il devient aujourd’hui relativement difficile, dans l’environnement professionnel et notamment au niveau de l’encadrement, de s’afficher ouvertement hostile à la lutte contre le sexisme au travail.
J’ai néanmoins pu identifier plusieurs profils de participant·es:
- les déjà convaincu·es du sujet. Ce sont les personnes qui sont déjà un peu sensibilisées au sujet, qui ont conscience de certaines réalités. Ces personnes sont généralement celles qui déjà réagissent face à des propos sexistes pour les dénoncer.
- les pas super convaincu·es mais conscient·es des enjeux dans le cadre professionnel. Ces personnes ont plutôt adopté une posture passive, sans formuler d’opposition frontale
- les quinquagénaires et sexagénaires, ayant démarré leur carrière à une période où le sexisme était très présent et banalisé. Une partie de ces participant·es étaient plutôt sensibles au sujet grâce au travail de pédagogie mené par leurs enfants (et notamment leurs filles !). J’ai notamment beaucoup entendu des phrases du type « ma fille me reprend tout le temps à la maison », « je peux vous dire qu’avec ma fille, j’ai intérêt à faire attention à ce que je dis »
- les personnes convaincues d’être des alliées mais manquant de lucidité sur la réalité de leur « déconstruction ». Ce sont les personnes qui se présentent comme déjà sensibilisée mais dont certains propos et comportement vont trahir une tout autre réalité (coupent la parole aux collègues, prennent beaucoup de place, interviennent sans cesse pour donner leur avis, etc.)
Ce que je ferai différemment
Je suis globalement satisfaite de la manière dont j’ai pu mener à bien cette mission. Cela concerne aussi bien le contenu proposé que les outils pédagogiques mobilisés. Je suis satisfaite également de la gestion administrative et la coordination des sessions. D’ailleurs, les avis collectés ont été très positifs, tout au long du déploiement.
Mais avec le recul, il y a quand même quelques éléments que je ferai autrement.
D’abord, j’intègrerai dans ma prestation 1 temps « d’immersion ». Cela m’aurait permis de voir l’intérieur d’une usine pour mieux comprendre le rôle joué par l’environnement professionnel (agencement des postes de travail, répartition des métiers, tenue de travail, pénibilité, etc.). Ce temps serait aussi l’occasion d’échanger avec des groupes de salarié·es pour coller au mieux à leur réalité .
Ensuite, je tacherai de creuser plus les spécificités de certains métiers pour adapter mon format. En effet, pendant le déploiement j’ai utilisé le même support de formation pour des managers d’usine que pour des responsables commerciaux et commerciales. Mais je me suis vite rendue compte que leurs réalités n’étaient pas tout à fait les mêmes. Il aurait donc été plus pertinent d’avoir un format un peu adapté à ces profils spécifiques.
Vous voulez vous aussi mener une action massive de formation ? Parlons-en !