Dans mes interventions, j’utilise toujours des données clés sur les violences sexuelles et sexistes commises dans le cadre du travail. Cela m’aide à visibiliser l’omniprésence du sexisme et le travail qu’il reste à parcourir pour que tous les faits de sexisme soient signalés et traités en entreprise.
J’utilise notamment des données issues de l’enquête de la Fondation Jean-Jaurès et de l’IFOP. Mais les chiffres datent de 2019, autant dire une éternité dans l’espace temps « lutte contre le sexisme ». En effet, l’acculturation au sujet et son omniprésence médiatique ont fait beaucoup bouger les lignes en 6 ans.
C’est pourquoi, en complément des données indispensables produites par le Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes, je suis ravie d’avoir mis la main sur des données mises à jour. Elles sont produites par European Institute for Gender Equality et Eurostat et publiées fin 2024.
Retrouver le rapport sur les données sur les violences sexistes et sexuelles ICI et les données sources ICI.
La dernière partie du guide concerne les données sur les violences sexuelles et sexistes commises dans le cadre du travail.
L’enquête révèle que 30,8% des femmes en Europe ont subi du harcèlement sexuel au cours de leur carrière. Par ailleurs, elle montre une surexposition des jeunes femmes (18-29 ans) au harcèlement sexuel.
Le mode d’enquête
Il est intéressant de noter le mode d’enquête adopté ici.
En effet, il n’a pas été demandé frontalement au panel « avez-vous subi du harcèlement sexuel au travail ? ». Cela aurait pu entrainer des résultats sous-évalués compte tenu de la difficulté parfois à qualifier les faits dont on est victime, mais également de la difficulté à se reconnaître victime ou tout simplement en raison d’une méconnaissance de ce que recouvre le harcèlement sexuel.
Ici, le panel a répondu à des questions sur son exposition à une liste de comportements indésirables comme:
- Des regards indiscrets qui vous ont mise mal à l’aise ?
- Exposition à des images ou des vidéos sexuellement explicites qui vous ont offensée ?humilié ou intimidé ?
- Des blagues sexuelles indécentes ou des remarques offensantes sur votre corps ou votre vie privée ?
- Des suggestions inappropriées de rendez-vous, qui vous ont offensé, humilié ou intimidé ?humilié(e) ou intimidé(e) ?
- Suggestions inappropriées pour toute activité sexuelle ?
- Contact physique non sollicité (par exemple, proximité, toucher des parties du corps, baisers/étreintes ou quelque chose d’autre que vous n’avez pas eu le temps de faire).embrassades ou quelque chose d’autre que vous ne vouliez pas) ?
- Avances inappropriées sur des sites de réseaux sociaux ?- Des courriels ou des messages textuels inappropriés et sexuellement explicites ?
Autant de comportement qui, en cas de répétition (2 fois suffisent), peuvent constituer des faits de harcèlement sexuel (en fonction du ressenti de la personne victime).
Les chiffres pour la France
Pour la France, les chiffres du harcèlement sexuel au travail sont bien plus importants que la moyenne européenne. Ainsi, 41.1% des femmes ont fait l’expérience du harcèlement sexuel au travail au cours de leur carrière (l’enquête de l’IFOP annonçait 33%). C’est notamment le cas pour 4,4% du panel au cours des 12 derniers mois et de 15,5% du panel au cours des 5 dernières années.
Il est intéressant d’observer également qui est à l’origine du harcèlement. Pour les françaises, près de 88% des victimes indiquent que les propos ou comportements sont le fait d’un homme.
L’enquête montre ensuite que parmi les hommes mis en cause, la majorité sont des collègues de même niveau hiérarchique (en hausse par rapport à l’enquête IFOP). Puis, les violences sont le fait de personnes avec qui l’on travaille mais sans lien direct (notamment les clients et les fournisseurs). Enfin, les violences peuvent être le fait de la hiérarchie mais le chiffre est là en nette baisse par rapport à l’enquête de 2019.
Il est intéressant ici de constater que les actions de formations et de sensibilisation menées en entreprises, très souvent d’abord auprès des managers ont permis de faire évoluer les chiffres dans le bon sens concernant cette population. On peut également présager que le fait que bon nombre d’entreprises aient formalisées des chartes ou des communications internes posant comme cadre la tolérance zéro face au sexisme a permis également de réduire les occurrences de violences impliquant la hiérarchie.
Pour conclure, cette enquête démontre que disposer de données actualisées sur les violences sexistes et sexuelles est déterminant. Cela permet de suivre les évolutions de la société et d’apporter des réponses adaptées en termes de prévention.
Vous voulez former vos équipes à la lutte contre le sexisme et ainsi contribuer à améliorer la situation ? Contactez-moi !